Ce qu'elle n'arrive pas à formuler
Elle m'a demandé de regarder son bras. Je l'avais promis. Les morsures de Shinra. J'ai appliqué le Raiton comme je le fais avec les lésions profondes -- elle n'avait pas l'air de savoir qu'on pouvait faire ça avec cette nature de chakra. Je lui ai rendu son bout de tissu. Elle a dit qu'elle apprendrait.
On a parlé longtemps. Pas d'un sujet en particulier -- de tout ce qui flotte autour d'elle sans se poser. Jaffar et sa torture au kunai, dont elle est maintenant témoin. Le lien qui se dissipe. Shinro qui traite Shinra comme une chose interchangeable. Le Kazekage qui se tait pendant que c'est Roran qui parle à sa place. Elle observe tout ça avec cet oeil qu'elle a, celui qui ne rate rien mais qui ne sait plus quoi en faire. Elle a jugé deux ninjas inaptes parce qu'ils ne se concevaient que comme des outils de Suna. Elle les comprend. Elle ne se l'avoue pas encore complètement.
Elle m'a dit que Suna avait tué sa mère. Pas les environs, pas la route, pas un ennemi anonyme -- Suna. Elle a grandi avec ça en dessous, et maintenant ça remonte. Elle parle du Sable Rouge comme d'un endroit où elle pourrait souffler. Je ne lui ai pas dit que c'était risqué. Elle le sait. Ce qu'elle cherche, c'est une raison de tenir encore un mois de plus, pas un cours sur la prudence.
J'ai essayé de lui demander qui, dans sa vie, lui rapportait quelque chose. Elle a tourné autour. Wakotaro -- trop occupé, trop distant. Jaffar -- l'image qu'elle avait de lui s'effondre depuis la scène de torture. Elle n'a pas répondu directement pour moi. Mais elle a remarqué que je la perturbe différemment que les autres. Qu'elle ne comprend pas pourquoi. Je n'ai pas non plus.
Elle se donne trois mois, peut-être un peu plus si l'exam inconnu passe bien. Je l'écoute compter ses jours comme d'autres comptent leurs ryo. Ce n'est pas de la résignation -- c'est une façon qu'elle a de garder la main sur quelque chose, même à l'envers. Je ne sais pas encore quoi faire de ça. Pour l'instant, je continue à regarder.